Viols-et-espoir

Viols-et-espoir

My lovely child...

 

  Tu aurais eu 10 ans...

 

Si tu avais existé, tu serais un grand petit garçon ou une grande petite fille. 10 ans, c’est un passage important dans la vie d’un enfant…

 
Et dans la mienne, 10 ans, ça représente quoi ? Je m’étais dit que dans 10 ans, j’aurais certainement réussi à passer à autre chose. Mais non… 10 ans, ça n’est qu’un chiffre rond qui veut tout dire et rien en même temps. 10 ans ça paraît long quand nous n’en sommes qu’à la première année. Mais ça n’est rien quand on y arrive… au bout. 10 ans de douleur, d’incompréhension, d’incertitude. Alors, je pense à toi. Toi, l’enfant que j’aurais pu avoir dans ce maudit couloir sombre. Toi, la vie qui aurait pu naître de ma mort.
 
Si je t’avais eu, j’aurais voulu te garder. Pour me punir déjà. Mais, aussi parce que tu aurais été la vie qui aurait remplacé la mienne. Je ne pense pas être comme ces femmes qui veulent un enfant parce qu’elles ont trop d’amour à donner. Non. Je ne sais pas si je t’aurais aimé. Sûrement. J’ai bien aimé un homme qui ressemblait à ton géniteur…
L’amour maternel, je ne sais pas si j’en suis capable. Mais, l’amour tout court, ça je connais. Je ne sais pas bien le donner, mais, déjà, avec ton fantôme, je t’en donne. Tu n’existes que dans ma tête, dans ma chaire qui elle n’existe plus, mais tu es là tous les jours auprès de moi. Tu es la représentation de mon esprit égaré. Je te permet de vivre ce que moi, je m’empêche. Je t’autorise à pleurer des cauchemars que je fais. Tu as le droit d’avoir peur dans les parkings, pas moi. Tu peux dire « je t’aime » aux gens, là ou moi, je me tais. Tu sais ce que c’est que de vouloir souvent des câlins et de les réclamer à ta maman. Moi, je ne sais plus parler…
 
Bien évidemment, je sais. Je sais que je transforme le viol en enfant. Peut-être parce que cette vision est plus supportable. Moins violente. Mais, aussi parce que c’est malgré une sorte de réalité. Cet enfant est là comme un garde de ma santé mentale. J’aurais aimé, d’une certaine façon, qu’il existe vraiment. Peut-être comme une sorte d’enfant-preuve.
Quand on est une victime, il faut toujours se justifier. Toujours expliquer. Toujours prouver que l’on nous a bien fait connaître l’horreur pour avoir le droit au statut de « victime ». Mais, aussi pour qu’enfin on vous foute la paix. Pour qu’enfin les langues de vipères se la ferment avec leur : « Mais, pourquoi tu ne t’es pas enfuie ? » , « Pourquoi tu ne l’as pas tabassé ? », « Pourquoi tu n’as pas porté plainte ? » , « Comment est-ce possible que tu ais l’air si heureuse si il t’es réellement arrivé ça ? ».
Là, l’enfant serait là pour me protéger de toute la méchanceté et l’ignorance malsaine des gens…
 
Tu vois, my lovely child, pour la première fois, je parle de toi. Pour la première fois, j’aimerais te fêter ton anniversaire… Non, ça n’est pas morbide, c’est juste comme lorsque l’on est enfant et que l’on a un ami imaginaire… Tu es mon enfant imaginaire. Tu es l’enfant que l’on m’a empêché d’être… 
 
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10/09/2013
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