Viols-et-espoir

Viols-et-espoir

La mémoire qui fait ce qu'elle veut


  Cette nuit j'ai fais un cauchemar. Ou plus exactement j'ai eu un flash-back pendant que je dormais...

J'ai revécu la tournante (Ou le "viol en réunion" comme m'avait reprise une psy...). J'ai été victime de 3 viols et pourtant celui-ci, je n'en parle quasiment jamais. Parce que je ne suis pas prête à y faire face... Je sais qu'il a existé, mais mon cerveau se refuse à comprendre réellement ce que mon corps à subis pendant deux longues heures.
Et pourtant, cette nuit, il ne m'a pas épargné. J'ai revu, j'ai à nouveau ressentis toute la souffrance et toute l'humiliation. Ce matin je me suis réveillée en ayant mal partout. Je me suis levée avec cette affreuse douleur mémoire que mon corps avait été déchiré en deux à partir de mon vagin. Je me suis sentie sale, perdue, accablée par la souffrance morale. Je suis allée me laver dans le noir pour ne pas voir mon corps horrible dans le miroir. Je n'ai même pas envie de sortir tellement j'ai peur du regard des gens sur ce corps hideux et imontrable. Je voudrais tuer ce corps sans me tuer moi-même. Moi, mon âme... La seule chose qui mérite de vivre encore chez moi...

Je suis face à la mer au milieu d'un paysage paradisiaque et je vois par dessus ça, en image de fond, ces 6 mecs qui me passent dessus un par un... Ces 6 hommes qui n'ont pas un seul regard humain pour à mon encontre. Je ne suis rien. Rien que des membres assemblés que l'on tire, écarte, pousse durement sur le côté parce que "ça" gêne. Je suis une masse de chair que l'on pétris, dans laquelle on enfonce ses mains et ses ongles sans ménagement.
Ce matin j'ai mis des litres de parfum... Parce que j'ai dans le nez cette odeur de sueur, de sperme et d'urine... J'ai l'intime conviction que tout le monde va se retourner sur mon passage en se bouchant le nez. Même si je sais intellectuellement que ça n'est pas vrai...

Et puis d'un coup, je me suis souvenu. Il y a 7 ans, je faisais des cauchemars quasiment toutes les nuits. Un matin je me suis réveillée dans un état pitoyable à côté de mon mec. J'ai commencé à lui raconter... La cave, le sol avec un matelas dégueulasse, les 6 mecs... Il m'a coupé en me disant : "Je ne veux pas savoir. Tais toi, je refuse que tu me reparles à nouveau de tes viols. Je ne peux pas supporter de t'imaginer en train de te faire baiser comme ça par tous ces types !".
Alors je me suis tus. Parce qu'effectivement, c'est dégoutant d'imaginer ce troupeau de mecs avec les pantalons aux chevilles. C'est gênant de m'imaginer étalée par terre. C'est humiliant qu'autant de sexes soient passés par là... Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas réussi à retrouver les mots pour sortir le venin qui m'empoisonne. Même là, je ne sais pas vraiment comment raconter ce qu'il s'est passé... Je me sens handicapée par cette douleur et ces mots qui restent coincés dans ma gorge et dans ma tête.

  Aujourd'hui, une fois de plus, je vais faire semblant que tout va bien. Je vais faire semblant de ne pas voir toutes ces hallucinations. Je vais éviter d'imposer aux gens mon corps si détestable et mon esprit malade.
Je vais garder mon angoisse, ma honte et sourire. Sourire pour de faux, c'est ce que je sais faire de mieux...



11/11/2015
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