Viols-et-espoir

Viols-et-espoir

Cette nuit, je suis morte une nouvelle fois.


 Cette nuit, j’ai été témoin d’une tentative de viol…

Comment vous expliquer ? Quand on a été violée soit-même, il y a des choses auxquelles on pense et qu’on aurait jamais pensé avant. Mais je dois bien avouer que, de voir le viol d’une autre femme ne faisait pas parti de mon panel des possibles. 



J’ai été réveillée en sursaut par des cris. Une sorte de brouhaha incompréhensible. Je ne me suis pas inquiété plus que nécessaire. Il n’est pas rare d’avoir des embrouilles entre jeunes alcoolisés en bas de chez moi. Bon, ça n’arrive pas tous les jours non plus : 3 ou 4 fois en 30 que j’habite ici. Mais d’un coup, il y a eu un cri de femme. C’est cela qui m’a tiré de mon lit pour aller jusqu’au balcon. Je n’ai pas vus ce qu’il se passait si se n’est une masse compact de quelques hommes qui encerclait la voix féminine. Elle criait qu’on la laisse tranquille, qu’on ne l’a frappe pas. Jusqu’au moment ou ces cris se sont transformés en hurlements, caractéristiques, sous le coup de la douleur. 
Des lumières se sont allumées au premier étage. Des voisins sont arrivés en courant dans le parking, ont chassés les mecs et on emmené la jeune femme pliée en deux et hurlante. Happy end, je suis rassurée et retourne me coucher.



Non, là je mens pour me rassurer… 

Comment vous expliquer à quel point aujourd’hui, je suis détruite ? Comment arriver à dépasser ma honte pour mettre en mots ma sensation d’avoir eu le coeur réduit en miettes ? Comment vous avouer que ça n’est pas moi la victime, mais que pourtant, cette nuit, j’ai le sentiment d’avoir été violée à nouveau ?



Il y a un viol dont je ne me souviens toujours pas… La tournante. Je sais que c’est arrivé, mais je suis incapable de me souvenir de ce qu’il s’est passé. J’ai comme un gros trou noir. Trou noir qui me fait peur car je ne sais pas ce qu’il va en ressortir un jour ou l’autre. Et là, cette nuit, sur mon balcon, à travers les hurlements de cette femme, j’ai eu des flashs de mon agression. Je suis resté tétanisé. Les hurlements d’une femme que l’on tente de violer ont vraiment une résonance particulière. J’ai reconnu les miens à travers les siens. Le son était le même, la teneur des phrases était la même. Le son des coups qui pleuvent… 

J’ai mis des années à réussir à les sortir de ma tête et ils sont à nouveau là, ancrés en filigrane.


Je me suis barricadé dans ma chambre pour avoir un semblant de protection. Et mon cerveau m’a lâché… Je suis redevenu le petit animal blessé et traqué que j’ai été. Mon sentiment d’insécurité est à son paroxysme. Je suis terrorisée à la simple idée d’ouvrir mes volets, de devoir voir ma propre mère et de « devoir » lui faire un bisou pour lui dire bonjour. J’aimerais simplement pouvoir rester, là, coincé et caché derrière mes meubles. Rester là roulé en boule avec ma souffrance et ma peur. Rester à hurler silencieusement. Rester et mourir, le coeur écrasé par les réminiscences. Rester avec les larmes qui coulent toute seule sur mes joues depuis des heures. Rester avec mes crises de paniques qui se succèdent depuis des heures. 



Mon coeur et mon âme sont en train de mourir.



Cette nuit, j’ai été violée. À nouveau. Puisque je me suis souvenue…



Cette nuit, je suis redevenue une victime.

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22/07/2016
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